Je ne souhaite pas vous parler de « un coup de barre, Mars et ça repart ! », mais bien de l’opportunité de faire une ou même parfois plusieurs pauses durant nos séances de thérapie ou de coaching…
Lors d’une supervision récente, la thérapeute me demande quoi faire quand elle se sent perdue au cœur de la séance. Ça arrive à tout le monde et il est bon d’avoir quelques pistes pour sortir de ce sentiment de « je ne sais plus vers où aller… », « je vais poser quoi comme question… » Sans piste concrète, dans ce type de situation, on a tendance à revenir sur des questions basiques qui n’ont pas forcément de sens pour faire avancer notre travail. Ces questions « de remplissage » vont apporter d’autres réponses qui vont nous faire nous sentir encore plus perdu.e, mieux vaut faire un STOP ! Un grand stop, un vrai qui va permettre de souffler d’abord et de retrouver de la lucidité…
Il va ensuite nous donner l’occasion de repasser sur différents points et de s’arrêter à celui pour lequel on ne se sent pas au clair.
Il y a un ordre à suivre pour se poser les bonnes questions et se redonner le confort qu’on mérite et sans lequel l’accompagnement serait un échec.
1/ L’objectif de travail du client : Est-il clair pour moi ? Puis-je dire en une phrase ce qui est attendu et est-ce bien validé par le patient ou coaché ? Ai-je bien demandé son attente pour nos rencontres ? Et surtout, ai-je, à partir de ces attentes, aidé mon client à définir un objectif de travail ?
Sans cette première étape, je peux me retrouver à nager dans un flou où je ne sais pas où je vais, or comme le disait Sénèque « le vent n’est jamais favorable à celui qui ne sait pas où il va. »
Si l’objectif est clair, on passe au deuxième point à checker :
2/ Quelles sont les « flèches sortantes » de mon Mapping ? En ai-je seulement dessiné ? Un coup d’œil sur le Mapping et on sait si elles sont là ou non. Peut-être que je me suis laissée entrainé.e dans le discours, la plainte, les explications du patient en ne posant pas la question stratégique du notre modèle de Palo Alto : « Et vous avez tenté quoi pour en sortir ? » Cette question va nous permettre d’obtenir les tentatives de régulation qui seront notre pivot pour un changement de type 2 !
Bien évidemment, l’objectif doit être défini avant car sans cela, on risque de creuser les tentatives de régulation d’un problème qui n’est pas celui pour lequel ils sont là devant nous… ils ne feront pas les tâches et tout le monde sera déçu…
Si je les ai récoltées, je passe au point suivant :
3/ Ai-je bien validé que ces tentatives de régulation n’ont pas fonctionné afin de permettre au client d’en prendre conscience. Effectivement, même si pour nous, il est évident qu’elles n’ont pas fonctionné car sinon, le patient ne serait pas devant nous, il va falloir par des questions stratégiques et recadrantes l’amener à le réaliser. Il ne faudra toutefois pas oublier de le rejoindre quant au bon sens d’avoir tenté de résoudre son problème de cette manière-là.
Cette étape de prise de conscience de l’inefficacité des tentatives de régulation est capitale pour aider notre client à les lâcher et à nous suivre vers une nouvelle expérience dans sa relation avec son problème. Si c’est fait, la pause me permet d’en tirer le thème des tentatives de régulation pour aller vers le point 4.
4/ La question suivante à se poser si je suis arrivé.e à cocher les autres points. Déjà, je peux être satisfait de mon travail et me dire que je n’étais pas si perdu.e. Je vais dès lors amener en douceur une jolie reformulation stratégique: montrer comment plus la personne réagit de cette manière et plus elle permet au problème de se maintenir. C’est un moment crucial. Le client devrait en sortir presque dégoûter de continuer ses tentatives de régulation. Il a été démontré que c’est la condition prioritaire pour qu’une tâches soit achetée.
Je profite de la pause pour construire cette reformulation stratégique et m’écrire en grand sur ma feuille le thème stratégique, celui qui va guider le changement, celui qui donne le ton pour toutes mes prochaines interventions : questions, recadrages, reformulation et bien évidemment, la tâche que je proposerai.
Vous me direz que la pause n’est plus utile si tous les points sont cochés et que quelqu’un de perdu n’arrive jamais au point 5 et je crois que la pause est utile bien au-delà du fait d’être perdu.e, elle fait avancer, elle accélère notre travail d’accompagnement.
On arrive ici à une pause qui vous fait passer de technicien à artiste de la thérapie brève :
5/ Elle peut être l’occasion de chercher une métaphore, en douceur, sans forcer, dans notre tête, mais aussi dans les mots du patient ou de penser à un recadrage, une citation, une cerise sur le gâteau de la thérapie ou du coaching qui va donner plus de puissance à vos propos. Elle peut nous permettre de vérifier l’absence ou la présence d’un but conscient, de se poser la question de notre non vouloir et de rectifier notre position…
Et la pause, plus longue, vient ensuite.
6/ Un moment d’arrêt dans l’échange pour être en focus sur la construction de la tâche la plus adaptée à notre client. Cette pause-là est, pour moi, indispensable quand on démarre et reste riche par la suite. On prend le temps de trouver une tâche qui sera à 180° d’abord, mais également concrète, contextualisée, écologique et logique pour la vision du monde de notre client.
Un deuxième temps durant cette même pause peut être pris pour bien construire la manière dont je vais l’amener, la « vendre » dans notre jargon.
Voilà donc 6 bonnes raisons de faire des pauses. Vérifier les points dans l’ordre et faites le nombre de pauses utiles pour structurer au mieux votre séance.
Bien évidemment, la raison principale est de vous mettre dans le confort pour accompagner stratégiquement et relationnellement une personne qui vous fait confiance. Ce sont effectivement ces pauses qui vont permettre au praticien de se centrer sur la relation durant les échanges sachant que des moments seront également consacrés à la stratégie.
Comment les annoncer ?
Évidemment, on ne peut pas juste s’arrêter entre deux questions ou deux phrases. Il va falloir annoncer clairement que ces moments font partie du travail. « Je me permettrai de m’arrêter durant la séance car il est important pour moi de bien vous écouter, mais également de prendre des courts moments de réflexion, comme pour reprendre son souffle afin de mieux avancer. J’en prendrai un plus long avant de vous proposer quelque chose à faire entre nos séances afin que ce soit le plus adapté. En thérapie brève (ou en coaching systémique), nous pensons que le changement ne vient pas juste de nos échanges, mais plutôt par les actions mises en place dans la vraie vie. »
Ce message est à adapter pour chacun mais le fait de les annoncer est important pour ne pas donner l’impression qu’elles sont là car on nage. Si vous ne l’avez pas annoncé en amont, rien ne vous empêche de le faire au moment de prendre la première pause…
Souvent, il y a des freins quant à ces pauses.
J’ai déjà entendu :
- « Mais alors, j’ai l’air de ne pas savoir y faire. » Je pense au contraire que c’est une preuve de sérieux pour le client.
- « Je risque de perdre du temps, déjà que mes séances ont du mal à tenir dans le créneau que je leur donne. » Je pense au contraire que cela permettra de tenir un cap et du coup un cadre plus clair pour vos séances. Elles sont aussi l’occasion de métacommuniquer sur l’avancement de la séance.
Bien mieux qu’un Mars, la pause nous fait repartir du bon pied et retrouver nos marques. Pour moi, seule l’expérience permet de faire moins de pause tout en gardant la relation. Elle permet de sentir la stratégie et de prendre du recul en avançant, mais les bénéfices des pauses sont tels qu’en écrivant cet article, je pense que je vais m’en reprendre quelques-unes en séance malgré mon expérience de 25 ans d’accompagnement…
Marina Blanchart